La fenêtre de contexte d’un agent est sa seule mémoire de travail — et elle est à la fois finie et louée au token. Les longues sessions la font déborder ; les nouvelles sessions démarrent vierges. Le pattern mémoire organise ce que l’agent garde, où, et comment il compresse ce qui ne tient plus.

L’analogie

Le bureau et le classeur. Sur le bureau (le contexte) : le dossier sur lequel on travaille maintenant. Dans le classeur (la mémoire persistante) : tout ce qui vaut d’être gardé entre deux dossiers. Et quand le bureau déborde, on ne jette pas les papiers par terre — on rédige une fiche de synthèse et on classe le reste. Cette étape de synthèse s’appelle la compaction.

Le principe

flowchart LR
    W["mémoire de travail — la fenêtre de contexte"] -->|"déborde ?"| S["résume : garde les décisions, jette le bruit"]
    S --> W
    W <-->|"note / rappelle"| L["mémoire longue durée — fichiers, notes, base"]

Trois mécanismes, trois durées de vie :

  • La mémoire de travail — la conversation elle-même : tout le détail, mais payée à chaque tour (tokens d’entrée) et plafonnée.
  • La compaction — quand le contexte se remplit, un appel LLM réécrit l’historique en résumé dense : décisions prises, état courant, questions ouvertes. Le détail se perd ; le fil survit.
  • La mémoire longue durée — des faits écrits dans un stockage durable (un fichier de notes, une base) et rappelés à la demande dans les sessions suivantes. C’est exactement ce que fait un CLAUDE.md ou le dossier mémoire d’un agent.

Un exemple concret

Un agent de code, trois heures dans un refactoring :

contexte à 90 % → compaction :
  « Objectif : extraire PaymentService. Fait : 12 fichiers
    déplacés, tests verts. Décision : garder l'ancienne API
    en façade. Suite : mettre à jour la doc. »
nouvelle session le lendemain → lit la note mémoire :
  « Refactoring PaymentService en cours, pattern façade choisi »
→ reprend là où il s'était arrêté, sans relire 3 h de logs

Quand l’utiliser

  • Les longues sessions : tout agent qui travaille des heures atteindra le plafond — prévoyez la compaction avant d’en avoir besoin.
  • Le travail récurrent : préférences, conventions et état du projet appartiennent à la mémoire longue durée, pas à une ré-explication chaque matin (le problème de l’employé amnésique).
  • La maîtrise des coûts : un contexte maigre coûte moins cher à chaque tour.

Quand l’éviter

  • Les tâches courtes en un coup : une infrastructure de mémoire pour une tâche qui tient dans un contexte, c’est du surcoût pur.

Le piège classique

La mémoire périmée. Une note écrite il y a trois semaines dit que l’API est en v1 — elle est passée en v2 depuis, et l’agent bâtit avec assurance sur le fait obsolète. Traitez la mémoire rappelée comme un indice à vérifier, pas une vérité : datez vos notes, et contrôlez tout ce qui est porteur contre l’état actuel avant d’agir dessus.